A la galerie de portraits de Berlin, vous pouvez admirer un autel frontal intitulé "le miracle vinicole de Saint Bertin de Saint Marmion", dont une partie décrit l'utilisation de la vrille à tonneau. Cet ustensile d'usage courant est l'ancêtre du tire-bouchon.
Comme la plupart des plaisirs de la vie, le vin se bonifie avec l'âge, en partie grâce à l'amélioration des ingrédients de base. D'après les récits les plus anciens, le vin est destiné à rendre les hommes heureux.
Depuis l'Egypte ancienne, on conserve le vin dans de nombreux récipients en peau d'animal, dans des pots en terre ou des tonneaux en bois. En général, ces récipients étaient fermés par des bouchons de bois ou de liège. Cette pratique était très répandue dans les pays méditerranéens; on aurait pu facilement ouvrir le récipient d'un coup sec. Néanmoins, une fois débouché, le vin aurait eu une courte durée de conservation, ce qui l'aurait privé d'une qualité exceptionnelle, en raison de la quantité contenue dans les grands récipients. Après la chute de l'Empire Romain, on décida d'abandonner le liège pour la mise en bouteille.
On sait déjà que le tire-bouchon se présente sous deux formes distinctes: la vis en spirale et la vis Archimède.
La vis en spirale
Cette vis métallique lisse peut être agrémentée d'une rainure, destinée à apporter davantage de prise sur le bouchon; dans ce cas, on parle de "spirale sillonnée". La "spirale double" dispose d'un deuxième "ver" courant le long de la vis, "ver" qui fait tourner le bouchon dans la bouteille et défait ainsi le lien entre la bouteille et le bouchon.
La vis Archimède
On rencontre surtout ce type de tire-bouchon en Allemagne ou aux Etats-Unis. Certains amateurs de vin ne les apprécient guère, car ils ont tendance à s'enfoncer dans le bouchon et à en laisser tomber des parcelles dans le vin.
Les collectionneurs de tire-bouchons anciens rassemblent toutes sortes de tire-bouchons, mais certains d'entre eux raffinent leur collection. Il peut s'agir d'une collection de tire-bouchons mécaniques; le collectionneur peut aussi choisir de se limiter aux tire-bouchons pourvus d'une poignée en nacre, aux tire-bouchons miniatures ou encore à ceux en argent. Certaines personnes collectionnent uniquement les tire-bouchons publicitaires, d'autres s'en tiennent à une seule sorte de brevet. Le choix est illimité.
Au cours des années suivantes, même si les tonneaux convenaient parfaitement au transport du vin, on se rendit compte que le vin stocké dans des bouteilles hermétiquèment bouchées avait non seulement une plus longue durée de conservation mais aussi un bouquet caractéristique, acquis grâce au processus de mâturation. On s'aperçut également qu'une bouteille fermée de façon hermétique peut aussi être stockée en position couchée, ce qui maintient le bouchon humide et le rend plus efficace.
La bouteille de vin est fascinante par sa seule histoire, qui mérite d'être étudiée plus en détails, mais ici, dans l'histoire du tire-bouchon, on se contentera de préciser qu'elle n'apparut probablement pas avant la première moitié du 17ème siècle, et que sa forme fut profondément modifiée au cours des deux siècles suivants. On appelait les bouteilles des 17 et 18ème siècles "hampes et globes" ou "bulbes", en raison de la forme du corps et du goulot; ces bouteilles étaient fermées par un bouchon effilé attaché à un linge ciré. Elles étaient placées debout sur une étagère. Tout le monde connaît les bouteilles actuelles, avec leur bouchon droit. Ce sont ces bouchons qui ont nécessité la création d'un outil destiné à les retirer, afin de boire le contenu de la bouteille.
On s'aperçut très vite de la nécessité d'avoir une bonne prise sur le bouchon , afin de pouvoir le libérer de la forte adhérence au goulot. Le métal vrillé semblait convenir, mais l'énigme résidait dans le type de métal à utiliser et son mode de fabrication. Aujourd'hui encore, on distingue deux sortes de vis ou "ver": la spirale en métal lisse et l'Archimède acéré; chacun choisit ainsi son modèle de prédilection. La vis Archimède doit son nom à sa ressemblance avec le ver marin d'Archimède.
A l'origine, les tire-bouchons étaient fabriqués par les armuriers de l'époque; on rapporte qu'ils étaient membres des guildes de la City de Londres, dont faisait partie l'entreprise culte des Lorains. Toutefois, les Lorains n'étaient pas des armuriers ; ils fabriquaient des mors et des éperons pour les chevaux. On peut voir une des plus anciennes illustrations d'un tire-bouchon en usage dans la publication de 1773 intitulée "Présentation du divertissement humain", signée Tim Bobbin.
Le premier tire-bouchon remonte à la fin du 18ème siècle, mais l'âge d'or du tire-bouchon se situe vers le milieu du 19ème siècle, belle époque de l'industrie et des inventions britanniques. En ces temps-là, les visionnaires rivalisaient pour déposer leur brevet d'inventions de toutes sortes, y compris le tire-bouchon. Le premier brevet fut accordé à Samuel Henshall en 1795. Dès lors et jusqu'au début du 20ème siècle, on enregistra plus de 300 brevets pour les tire-bouchons, ce qui souligne leur progression. Ce sont ces tire-bouchons que possèdent les collectionneurs du monde entier, amateurs de tire-bouchons anciens.
En raison de l'usage de plus en plus courant du tire-bouchon, on introduisit de nouveaux matériaux dans sa réalisation. Les fabricants utilisèrent des métaux plus onéreux, dont l'or, le bronze et l'argent. On encouragea égalèment l'usage de matériaux, tels que l'os, l'ivoire, l'émail et autres formes de décoration